banque.jpg

  La pression sur les salariés des banques n’a jamais été aussi forte. Les conseillers doivent vendre une kyrielle de produits financiers, sans égards pour le budget des clients. Édifiant.

 

Au départ, un léger malentendu. Vous venez voir votre conseiller financier, en toute confiance, afin d’obtenir l’avis de cet inestimable expert pour gérer vos économies. Sans se douter qu’il s’est mué en OS de la vente qui applique mécaniquement les objectifs assignés. Et peu importe la situation personnelle et financière des clients. « J’ai vu des gens à découvert à qui l’on proposait d’office des produits d’épargne », raconte Joseph Thouvenel, secrétaire général adjoint de la CFTC et ancien cadre d’une grande banque.

 

 



 

 

 

Dans le contexte hyperconcurrentiel du secteur bancaire, le marketing se doit d’être plus qu’imaginatif. Il faut vendre, à la chaîne, des produits d’épargne ou des crédits à la consommation qui répondent aux doux noms de « Teoz », de « Bénéfic », et des actions Natixis, produit de la fusion entre les Caisses d’épargne, au cours erratique ces dernières années. Les consignes imposées aux conseillers sont explicites. Selon des documents internes de la Caisse d’épargne consultés par Bakchich, certains procédés ressemblent à s’y méprendre à de la vente forcée. « Comme vous le savez, nous sommes en action sur les crédits conso et cartes Teoz, explique un manager à son équipe. Je vous en rappelle les objectifs : deux Teoz par collaborateur et par semaine et un CA minimal de 19 000 euros en conso par agent. Dès aujourd’hui, nous devons exploiter les cibles (sic), favoriser les occasions de vente et imposer le couplage immo-crédit. » Autrement dit, vous venez pour un emprunt et vous repartez avec une myriade de cartes et de crédits dont vous ne soupçonniez même pas l’existence.


Pour motiver ses troupes, le management passe son temps à tenter de les galvaniser, comme à l’armée. À la Société générale, on booste le personnel par mail : « C’est un rush dans lequel la compétition entre les agences va être âpre. Les points de vente les plus performants vont pouvoir se mettre en valeur, avec des récompenses à la clé. À nous de faire monter l’aiguille du voltmètre ! » écrit le directeur commercial d’une agence francilienne, en terminant par un élégant « Bonne chasse à tous ».


Et si les conseillers renâclent à la tâche, pointe déjà la menace de sanctions. « Bravo à Jean-Philippe qui a très nettement dépassé son objectif ; en revanche, Jean-Luc et Pascal ne sont pas du tout dans le rythme. Vous pénalisez l’ensemble de l’équipe. »

Quand les chiffres ne décollent pas, le directeur commercial se fend d’une alerte à ses équipes : « J’en appelle à une réaction rapide par solidarité avec vos collègues qui tiennent la cadence. La journée va être déterminante. » Pour être sûr de bien se faire comprendre, le manager n’hésite pas à en remettre une couche quelques jours plus tard : « Vu les récompenses que j’ai mises sur la table, le jeu en vaut la chandelle. Donc pas d’état d’âme : pied au plancher ! »


À ce rythme, pas étonnant que les chasseurs craquent (voir plus bas : « Le blues des conseillers financiers »). « On nous fait vendre n’importe quoi », résume plein d’amertume un conseiller de l’agence francilienne Société générale.


Mentir aux clients

« La banque leur fait passer des phrases toutes faites pour répondre aux légitimes interrogations des clients », explique Serge Maître, président de l’Association française des usagers des banques. Selon une note de la Société générale, face à des clients redoutant les aléas de la Bourse, il suffit de rétorquer : « Ca fait des années que ça grimpe, ça va continuer » ou « c’est au plus bas, cela ne peut que remonter ».


Autre technique : préparer les vendeurs à trouver la parade devant des incohérences manifestes. Notamment lorsqu’il faut expliquer à une proie que « pour investir en Bourse, il ne faut pas avoir besoin de l’argent à une date fixe », en même temps qu’on lui refourgue un fonds commun de placement dont « la durée est fixe et connue à l’avance ». « Si la Bourse est au plus bas, qu’est-ce qu’on va leur dire ? » s’interroge un conseiller par mail.

 

Réponse : « Ce n’est pas grave, on va leur en remettre pour six ans. Comme ça, on les fidélise et on finit l’objectif », tranche le manager. Pour les problèmes de conscience, il faudra repasser.

 

De « challenge » en « prime au rendement », les salariés des banques n’ont pas le moral. Nombre d’entre eux ont le sentiment de perdre leur âme en travaillant dans des conditions de plus en plus éprouvantes. « La pression des objectifs est devenue insupportable. On leur dit : vous avez trois mois pour placer tant de produits, et de chacun dépend l’obtention d’une prime », raconte Joseph Thouvenel, syndicaliste CFTC.


La dernière enquête Samotrace réalisée par 120 médecins sur la santé mentale de 6 000 salariés montre que le personnel des banques est l’un des plus touchés par les « symptômes dépressifs et anxieux ». Selon une autre étude menée en février par un cabinet pour la Société générale, 36 % des salariés des banques seraient « stressés » et près de 13 % en situation d’« hyperstress ».


Face à ce problème, certains établissements ont mis en place des formations pour les managers censés prévenir les situations difficiles. Des dispositifs jugés insuffisants par la plupart des syndicats. « Pendant deux jours on va leur expliquer la conduite à tenir, leur dire ce qu’il faut éviter, et dès qu’ils reviennent avec la nécessité de tenir les objectifs, tout cela est vite oublié », affirme Thierry Pierret, délégué national CFDT à la Société générale. « On a distribué aux salariés une plaquette pour gérer leur stress. On leur explique qu’il est très important de bien respirer. » Voilà qui ne manque pas de souffle.

 

 

©bakchich.info

Par The Scalper - Publié dans : Banque - Communauté : bourse
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 5 avril 2010 1 05 /04 /Avr /2010 18:20

On dirait que nous ne connaîtrons pas de Seconde Grande Dépression, finalement. Qu’est-ce qui nous a sauvés ? La réponse, pour faire simple, c’est l’Etat tout-puissant (‘Big Government’).
La chronique de Paul Krugman du 9 août 2009.


Soyons clair : la situation économique reste épouvantable, pire encore que ce que tout le monde ou presque croyait possible il y a peu. Le pays (les Etats-Unis, ndt) a perdu 6,7 millions d'emplois depuis le début de la récession. Si on prend en compte l'accroissement de la population en âge de travailler, c'est près de neuf millions d'emplois qui manquent.


Or le marché de l'emploi ne s'est pas encore renversé - cette légère baisse du taux de chômage le mois dernier relève sans doute d'un simple anomalie statistique. Nous n'avons pas encore atteint le point où les choses s'améliorent : pour l'instant, tout ce dont nous pouvons nous réjouir, c'est que les choses empirent moins vite.

Or malgré cela, la dernière rafale de rapports économiques laisse entendre que l'économie ne serait plus aussi près de l'abîme.


Il y a quelques mois, la possibilité de sombrer dans l'abîme ne semblait que trop réelle. La panique financière de la fin 2008 fut aussi sévère, par certains côtés, que la crise bancaire du début des années 1930, et pendant un temps les indicateurs économiques clés - le commerce mondial, la production industrielle mondiale, même le marché des valeurs - chutaient aussi brutalement, sinon plus, qu'en 1929-30.


Mais dans les années 1930, les tendances ne faisaient que continuer à la baisse. Or cette fois-ci, le plongeon semble s'interrompre en à peine une année épouvantable.


Alors qu'est-ce qui nous a évité de rejouer la Grande Dépression ? La réponse, sans doute, réside dans le rôle très différent qu'a joué le gouvernement.





L'aspect sans doute le plus important du rôle joué par le gouvernement dans cette crise n'est pas ce qu'il a fait, mais ce qu'il n'a pas fait : contrairement au secteur privé, le gouvernement fédéral n'a pas réduit ses dépenses à mesure que ses revenus ont fondu (pour les gouvernements locaux et nationaux, c'est une autre histoire). Les recettes des impôts sont au plus bas, mais la Sécurité Sociale émet toujours des chèques, Medicare (le système public d'assurance-maladie des Etats-Unis, ndt) honore toujours les factures hospitalières, les employés fédéraux - des juges aux garde-forestiers en passant par les soldats - sont toujours payés.


Tout cela a aidé à soutenir l'économie en temps de crise, contrairement à ce qui s'est passé en 1930, quand les dépenses fédérales représentaient un pourcentage du PIB bien inférieur. Et en effet, cela signifie que les déficits budgétaires - qui sont une mauvaise chose en temps normal - sont en fait une bonne chose en ce moment.

En plus de cet effet stabilisateur "automatique", le gouvernement est intervenu pour venir au secours du secteur financier. On peut trouver (et c'est mon cas) que les renflouages des établissements financiers auraient pu et auraient du être maniés différemment, que les contribuables ont donné trop et reçu trop peu.  Néanmoins on peut être insatisfait, même fâché de la manière dont les renflouages ont été conduits, tout en reconnaissant que sans ces renflouages, les choses eussent été bien pires.


Le fait est que cette fois-ci, contrairement aux années 1930, le gouvernement n'a pas adopté une politique de non-intervention face à l'effondrement d'une grande partie du système bancaire. Et c'est encore une raison qui explique pourquoi nous ne traversons pas une Seconde Grande Dépression.

Le dernier point et sans doute le moindre, mais loin d'être anodin, a été l'effort mesuré du gouvernement pour relancer l'économie. Dès le début, j'ai trouvé l'American Recovery and Reinvestment Act, entendez le plan de relance d'Obama, trop timide. Néanmoins, des estimations raisonnables suggèrent qu'il a permis à près d'un million d'Américains de conserver leur emploi, un chiffre qui est appelé à croître, et que ce plan de relance a aidé de manière significative à freiner l'économie dans sa chute libre.


Somme toute, donc, le gouvernement a joué un rôle de stabilisateur essentiel dans cette crise économique. Ronald Reagan avait tort : parfois le secteur privé est le problème, et le gouvernement la solution.

Et n'êtes-vous pas plutôt heureux qu'actuellement le gouvernement soit dirigé par des gens qui ne détestent pas le gouvernement ?


Nous ne savons pas ce qu'eût été la politique économique d'un gouvernement McCain-Palin. Ce que nous savons, en revanche, c'est ce que disent les Républicains dans l'opposition - et qui se résume à exiger que le gouvernement cesse de se mettre en travers d'une possible dépression.


Je ne parle pas seulement d'une opposition à la relance. Des chefs de file Républicains veulent aussi supprimer les stabilisateurs automatiques. En mars dernier, John Boehner, le chef de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, déclarait que comme les familles souffraient, "il est temps pour le gouvernement de se serrer la ceinture et de montrer aux Américains qu'on a 'compris' ". Fort heureusement, il n'a pas été tenu compte de son avis.

Je suis encore très inquiet pour l'économie. Il subsiste encore, je le crains, un risque non négligeable que le chômage reste élevé pour un bon moment. Mais il semble que nous ayons évité le pire : la catastrophe absolue ne semble plus probable.


Et c'est le Gouvernement tout-puissant, dirigé par des gens qui en comprennent les vertus, qui en est la raison.

 

(Paul Krugman)

© 2009 The New York Times News Service
Par The Scalper - Publié dans : Economie - Communauté : bourse
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 24 août 2009 1 24 /08 /Août /2009 10:46
"Wall Street finit en forte hausse grâce à la Fed", titrait hier Le Point du 13/08/2009.

"L'indice Dow Jones des 30 industrielles, revenu de ses plus hauts touchés peu de temps après les déclarations de la Fed, a gagné 1,30%, soit 120,16 points, à 9.361,61."

Ceci signifie que nous avons dépassé le rebond observé dans les années 30. Suite au krach boursier, ce dernier avait duré 5 mois. Celui-ci a commencé le 9 mars... nous en sommes donc déjà à notre 6ème mois, commente l'analyste Bill Bonner.

Le Dow Jones a ainsi augmenté de près 45% depuis son plus bas niveau de 6 547. Par analogie, les 9 362 points actuels paraissent même un peu justes en comparaison à la hausse de 50 % enregistrée 5 mois après la chute de 1929. Pourtant, comme en 1930, les gens viennent à penser que la récession est presque terminée... et que les temps heureux sont de retour.

En témoigne un rapport de Bloomberg à partir d'une enquête menée auprès de 53 économistes : "La relance de la pire récession depuis les années 1930 qui a commencé il y a quelques mois avec les stimulants fiscaux du Président Barack Obama – dérisoires parce qu'insuffisants et dépensiers-, prend effet.

L'économie augmentera de 2% ou plus pour les 4 prochains trimestres jusqu'à juin 2010, selon la moyenne de 53 provisions économiques rassemblées. Les analystes ont revu leur estimation pour le troisième trimestre à 1,2 % par rapport à juillet, le plus grand saut dans les études en date depuis mai 2003.

"Nous avons évité le pire, et il y a des signes clairs que les stimulants fonctionnent" a déclaré Kenneth Goldstein, économiste au Conference Board à New York."

Exemple ? "Un programme fédéral visant à remplacer les vieux véhicules par des plus économes en carburant a contribué à stimuler les ventes de voitures et de camions légers le mois dernier.

Celles-ci ont atteint leur plus haut niveau depuis septembre, selon les chiffres de l'industrie. Les fabricants d'automobiles, exploitant de maigres stocks, reprendront la production pour répondre à l'augmentation de la demande.

"L'argent pour le tas de ferraille a été la cerise sur le gâteau ", a déclaré David Greenlaw, économiste pour Morgan Stanley à New York. "C'est un stimulant venu au bon moment synchronisé avec les forces cycliques qui a conduit à une montée en puissance de la production."

Pourtant, Bill Bonner ne peut s'empêcher de douter. Les derniers chiffres de saisies ne cessent d'augmenter – ils sont jusqu'à 7% supérieur en juillet par rapport à l'année précédente.

Les prix des maisons sont encore en baisse. Le taux de chômage grimpe toujours. Et les prix à la consommation chutent... Tout ceci indique une déflation telle qu'a connue le Japon... Les bénéfices des entreprises dégringolent.

Les consommateurs réduisent leur budget. Mais à part ça – l'immobilier, l'emploi, les ventes, les bénéfices et la déflation – oui, tout fonctionne à merveille...


MoneyWeek.
Par The Scalper - Publié dans : Finance - Communauté : bourse
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 16 août 2009 7 16 /08 /Août /2009 12:36
Est-on en train de sortir de la crise économique ? Plusieurs indicateurs sont en train de repasser dans le vert.

Accalmie passagère ou vraie relance ?

A-t-on tiré les leçons du séisme financier de ces derniers mois ? Arnaud Ruyssen en parle avec Paul Jorion, anthropologue et sociologue, spécialisé dans les sciences cognitives et l'économie.


AR : Une attaque par l’ironie : des primes pour les patrons d’entreprises, par Alain Souchon. On pourrait étendre cela aussi, aux bonus pour les traders, qui font polémiques un peu partout, pour le moment. Pour vous, Paul Jorion, ces bonus… c’est une des raisons principales des dérives qui ont conduit à la crise d’aujourd’hui ?

- Non, je ne crois pas. C’est un symptôme du système. Le seul problème c’est que ça ne présente pas bien et quand on nous dit que les choses repartent et ce qu’on peut nous donner comme preuve de ça, c’est uniquement le fait que la spéculation repart en grand dans les banques, c’est très, très inquiétant.

AR : Donc c’est une part, plutôt de symbolique ou bien dans cette spéculation finalement, dont les traders sont en partie les artisans, il y a vraiment un problème qui a conduit à la crise ?

- Le problème que ces gens soient énormément payés… ils sont payés à la commission. S’ils font des bénéfices énormes pour leur entreprise, ils sont payés à la commission. Le système en soi n’est pas un système mauvais. Le problème c’est sur quoi ils gagnent de l’argent et ça c’est la chose dont on ne parle pas. Le fait qu’ils gagnent de l’argent, pourquoi pas, mais le fait qu’ils le gagnent en puisant cela sur l’économie -et l’économique en ce moment est en très mauvaise santé- c’est de l’argent qui pourrait être utilisé bien plus intelligemment.

Dans les opérations qu’eux font et dans les commissions qu’ils touchent.

AR : Donc pour vous, ce que font les traders ce n’est pas un jeu entre eux, basé sur une économie qui serait déconnectée de l’économie réelle. Il y a vraiment un impact réel sur l’économie réelle ?

- Mais l’argent qui est gagné par quelqu’un il est toujours pris quelque part. Ce n’est pas de l’argent qui a été inventé, qui tombe du ciel. C’est de l’argent qui est puisé sur l’économie.

Or, malheureusement la seule partie de l’activité qui reprend, c’est celle qui pompe le sang de l’économie. Donc ce n’est pas une très bonne chose. Ce n’est pas un signe de bonne santé, c’est un signe de très mauvaise santé.

AR : Comment est-ce que vous expliquez, au vu de ce que vous expliquez là, que les Etats ne parviennent pas à mettre un peu la main sur cette pratique des traders. On voit bien qu’il y a de timides volontés de régulation, mais que rien ne fonctionne vraiment ?

- Mais il ne doit pas y avoir de volonté, parce que les Etats ont la possibilité de passer des lois, ils ont la possibilité de les voter, ils ont la possibilité de les mettre en application, donc cette volonté doit être absente.

AR : Il n’y a pas de volonté des Etats, aujourd’hui ? Très clairement, vous pensez que les Etats n’ont pas envie, pour quelle raison, de règlementer tout cela ?

- Il y a des raisons structurelles : c’est le fait qu’on a mis les questions financières (on les a de plus en plus déplacées en dehors du politique). La justification c’était de dire qu’il fallait laisser ces activités être tout à fait indépendantes. On a confié ça à des experts, mais ces experts fonctionnent en circuit fermé, ils n’ont plus de rapport avec la classe politique, la classe politique a l’impression qu’elle n’a rien à dire que l’économie, ça lui paraît trop compliqué et du coup ça ne passe pas. Il y a évidemment des choses encore bien pires. On voit aux Etats-Unis qu’il y a des mesures qui sont proposées, qui sont des mesures intelligentes et puis on voit qu’elles n’obtiennent pas les votes qu’il leur faut, pour passer. Et ça c’est lié au fait que l’industrie financière donne beaucoup d’argent aux politiques, pour changer d’avis et malheureusement, dans le système américain en particulier, c’est une chose qui est permise. Il est permis aux institutions financières d’arroser les politiciens, de contribuer à leurs campagnes électorales et ce n’est pas considéré comme de la fraude ou de la corruption, c’est considéré comme le fonctionnement normal du système. Ce sont des choses qu’il faudrait changer aussi, évidemment

AR : Alors ça c’est vrai pour les Etats-Unis, ce n’est pas vrai en Europe, dans des pays comme les nôtres. Ce sont les Etats-Unis qui pèsent sur l’ensemble et comme les Etats-Unis ne le font pas, personne ne le fait. C’est ça que vous voulez dire ?

- Mais la consommation du consommateur américain, ça représente à l’échelle mondiale, 30% du total. Alors ça pèse à ce point à l’intérieur du système global, que ce qui se passe en Amérique décide pratiquement de tout le reste et c’est encore le cas. Evidemment, le consommateur américain il est KO pour le moment, mais c’est toujours sur lui qu’on compte. Le consommateur chinois ne va pas le remplacer, dans l’avenir immédiat.

AR : Mais donc pour vous, si je vous comprends bien, pour résumer... il y aurait un intérêt réel pour les Etats, à réglementer sur ces bonus, mais aussi bien au-delà, essayer de mettre de règles dans ces marchés financiers, mais ils ne le font pas, simplement parce que les acteurs de la finance savent se montrer très persuasifs. C’est la seule raison, pour vous ?

- Non, il y a une raison purement économique aussi. Il y a ce qu’on appelle (vous savez c’est la solution classique, en cas de récession) la privatisation des profits et la socialisation des pertes. C’est un système qu’on a utilisé de manière classique, au 20ème siècle, quand il y avait de grandes crises. Alors on laisse les particuliers gagner de l’argent quand tout va bien et quand ça va mal, c’est l’Etat, c’est-à-dire finalement le contribuable qui paie l’addition. Le problème qu’on a rencontré cette fois-ci, c’est que la crise est d’une telle nature et d’une telle gravité que quand on a envisagé de faire ça, on a vu que l’argent n’était pas suffisant. Même là où il y avait eu tellement d’endettements, tellement de crédits de mauvaise qualité, que cette fois-ci les Etats n’ont pas les moyens d’éponger la note.

AR : Donc on est parti pour une crise qui risque de durer, si je vous comprends bien. Parce que si les Etats ne sont pas vraiment en mesure, on pourrait imaginer d’autres catastrophes et que les Etats ne puissent pas suivre financièrement ?

- Le processus de dégradation se poursuit. On nous dit que les choses s’arrangent, parce que justement l’activité spéculative des banques repart, la bourse repart ; et comme vous le savez la bourse peut être déconnectée complètement de l’économie, pendant des très, très longues périodes. Il n’y a pas de raison que la bourse soit vraiment un baromètre de l’économie. Ca arrive parfois, mais ce n’est pas nécessaire et ce cas-ci est une bonne illustration. L’économie continue de se dégrader, ça continue d’aller de plus en plus mal et la bourse se porte très bien.

AR : Et pourtant on dit que la bourse fonctionne en général par anticipation. Certains y lisent d’ailleurs le fait que l’économie pourrait se remettre progressivement en route. Vous êtes totalement en désaccord avec ça ?

- Non… la bourse n’est une anticipation de rien. Pour que la bourse puisse anticiper, il faudrait que les gens sachent ce qui va se passer et ça ce n’est jamais… car c’est la grande illusion des économistes et des spécialistes de la finance, c’est de croire que les gens peuvent anticiper. Nous sommes dans des systèmes extrêmement complexes. Il y a énormément d’interaction. Personne n’a la capacité d’anticiper ce qui va se passer.

AR : Il y a une série d’indicateurs tout de même, Paul Jorion, disant que les chiffres ne sont pas bons, mais en tout cas moins mauvais que prévus et on estime que c’est ça aussi qui peut faire réagir positivement la bourse. Tout ça ce n’est qu’affaire de spéculations. A vous entendre, les indicateurs économiques n’auraient aucune valeur pour les boursiers ?

- C’est vrai qu’on peut demander aux économistes de faire des prévisions… ils vont nous donner des chiffres très, très mauvais et puis le jour-même ces chiffres seront un peu moins mauvais que ça … on va dire : c’est une bonne nouvelle. Mais enfin ce n’est pas une vraie analyse des faits. Les chiffres sont les chiffres et un chiffre mauvais est un chiffre mauvais, même s’il est meilleur que ce que des économistes qui n’ont pas compris le problème peuvent nous dire.

AR : Mais donc on a l’impression que vous êtes très, très pessimiste sur la suite, que vous ne lisez pas, en tout cas dans les réactions boursières du moment, l’issue positive de cette crise à court terme. Pour vous elle pourrait durer combien de temps cette crise, Paul Jorion ? C’est difficile à dire, mais un ordre de grandeur ?

- Mais les catastrophes les plus sérieuses encore à venir se situent dans l’horizon à peu près 2011-2012. Par exemple, dans l’immobilier américain, on sera au plus bas. C’est-à-dire que les choses sont au plus mauvais en 2012. Comment est-ce qu’on sait ça ? Et bien ça ce ne sont pas des prévisions, c’est simplement qu’il faut regarder quand les gens doivent se refinancer ça c’est facile, c’est écrit dans leurs contrats, donc ce n’est pas de la spéculation intellectuelle. On peut voir quand les choses doivent être refinancées et la plus grosse vague, l’addition des problèmes, se situe en 2012, en particulier dans l’immobilier commercial.

AR : Ca veut dire quoi ? Qu’il n’y a des gens -plus seulement des plus pauvres- mais de la classe moyenne qui à ce moment-là risquent de devoir se séparer de leur maison parce qu’ils n’arrivent plus à la payer par exemple ?

- Mais par exemple, on nous dit qu’il y a des bonnes nouvelles, mais par exemple, hier, il y avait une très, très mauvaise nouvelle, justement pour l’immobilier américain, qui montrait que la chute s’accélère, la chute de décélère pas, elle s’accélère et alors on peut faire des calculs très simples et on voit qu’aux Etats-Unis il y a déjà un quart des gens qui ont emprunté de l’argent pour leur maison, il y a déjà un quart de ces gens qui ont une maison qui vaut moins cher que l’argent qu’ils doivent. Alors ce chiffre… l’année prochaine il va monter à 33%, un tiers des gens et on peut déjà voir qu’en 2012, ce sera la moitié : 48% des gens qui auront une maison qui vaudra moins que l’argent qu’ils doivent à la banque.

AR : Et donc rajoutons à ça, les pertes d’emplois qu’on annonce très nombreuses. Evidemment tout cela n’arrange rien, dans ce secteur de l’immobilier en particulier ?

- Non, parce que les pertes d’emplois ça veut dire encore un nombre encore plus grand de gens qui ne parviendront pas à payer leurs mensualités sur les traités qu’ils doivent.

AR : La confiance, Monsieur Jorion… Il y a ce paramètre important… Evidemment on dit que si la confiance revient sur les marchés d’abord, dans les entreprises ensuite, la machine pourrait se remettre en marche, on pourrait avoir moins de pertes d’emplois qu’annoncé, la consommation pourrait reprendre. Pour vous, vous ne croyez pas à cette confiance qui pourrait revenir et être un moteur de reprise ?

- La confiance on la met à toutes les sauces. On dit qu’elle peut résoudre tout. La confiance c’est un phénomène psychologique. Elle peut jouer à certains endroits. Par exemple, c’est très important qu’il y ait de la confiance entre les différentes banques. Quand elles doivent emprunter de l’argent, elles doivent pouvoir se l’emprunter entre elles et qu’il y ait de la confiance. Pour qu’il y ait de la confiance, il faut que les banques sachent à propos de chacune des autres si elle est en bonne santé ou non.

AR : Et là ce n’est pas le cas pour le moment ?

- Mais non, ce qu’on a pris comme mesure, c’est une mesure qui rendra la confiance impossible. Cette mesure c’est une mesure qui a été prise, une mesure de comptabilité, qui a été prise aux Etats-Unis et il y a des pressions pour que l’Europe fasse la même chose, c’est une mesure qui ajoute de l’opacité dans les résultats des entreprises. On leur permet de calculer la valeur de certains actifs, comme un peu de la manière qui leur convient.

AR : Sans qu’il y ait de contrôle extérieur ?

- Voilà, c’est-à-dire en utilisant des modèles dont ils disposent, au lieu d’utiliser les prix de marché. Alors qu’est-ce que ça veut dire : ça veut dire qu’il est de plus en plus difficile pour un établissement financier, de savoir dans quel état se trouve réellement un autre avec qui il doit traiter. Donc on a pris des mesures qui rendent le retour de la confiance, impossible.

AR : Mais est-ce qu’il y a encore des cadavres dans les placards ? Est-ce que selon vous les banques pourraient encore faire de très mauvaises découvertes ou en tout cas le public pourrait de très mauvaises découvertures, à propos de banque, encore dans les prochaines années ?

- C’est le public qui fera de mauvaises découvertes, parce les banques savent exactement ce qu’elles ont comme produits, mais d’une part, les régulateurs : les autorités tutelles, leurs disent qu’ils peuvent mettre la pédale douce, qu’ils ne sont pas obligés de révéler ça aussi vite que nécessaire et d’autre part, comme je l’ai dit, on modifie les règles comptables qui permettent de donner …comme disent les Américains… : un prix plus raisonnable aux choses, que celui que le marché leur offre. C’est évidemment ridicule.

AR : Mais alors, quand on entend tout cela et cette vision plutôt pessimiste que vous avez, Paul Jourion… quelle serait la solution idéale, selon vous ? C’est la fin du capitalisme ? C’est un capitalisme d’Etat, qui serait très encadré ? Quelle porte de sortie voyez-vous ?

- Mais c'est-à-dire qu’il faut se rendre compte …et ça c’est important pour le monde… je veux dire : au niveau des politiques, au niveau des individus, au niveau des ménages, au niveau des familles, au niveau des Nations Unies, il faut qu’on se rende compte que ce système n’est pas simplement dans une passe difficile, que ce système comme il existe, il est cassé, il ne pourra pas repartir et que tous les efforts qu’on va essayé de faire pour le remettre en marche, vont uniquement faire ce qu’on voit, c’est-à-dire faire repartir les parties les plus nocives du système. Il faut qu’on se rende compte, il faut penser à des alternatives. Alors on sait bien qu’il y a une alternative classique au capitalisme, qui était le communisme et on sait que ça ça n’a pas marché du tout non plus. Le capitalisme a une robustesse plus grande que le communisme n’en a jamais eu, mais il faut qu’on pense à des alternatives et en particulier dans le cadre qui sera celui de demain.

AR : Mais je repose ma question : c’est un autre capitalisme ou bien c’est un autre système que le capitalisme, que vous imaginez …et si oui… lequel ?

- Il faut imaginer un système qui pourra fonctionner dans le cadre d’une planète dont on a épuisé l’énergie fossile, l’énergie facile (facile et fossile). Il faut qu’on imagine un cadre d’une planète dont on est en train de détruire l’atmosphère, de détruire le climat, etc… Il faut imaginer un nouveau système et ce système doit pouvoir fonctionner dans le cadre d’une planète limitée. On n’a jamais encore tenu compte du fait que cette planète est limitée dans ses ressources, dans son existence, dans le maximum de populations qu’elle peut contenir. Le moment est venu. Il faut qu’on fasse le passage maintenant. Il faut qu’on se rende compte que le capitalisme est cassé et qu’il faut autre chose et aussi que le communisme ne sera pas la solution de rechange.

AR : Est-ce que vous osez le mot de « décroissance » quand vous faites allusion, notamment, à cette planète limitée et à ses ressources qui diminuent ?

- Mais le problème avec le mot « décroissant » c’est que c’est exactement ce qu’on est en train d’observer, mais ce voudrait c’est un projet positif, c’est-à-dire un projet auquel qu’on ne soit pas obligé de subir. Pour le moment on subi une décroissance. Donc la difficulté est là, avec ce mot-là. Ce mot a aussi des relents aussi une petit peu, de communautarisme, un peu conservateur, etc… Ce n’est peut-être nécessairement une bonne chose. Mais la croissance … On ne pourra pas relancer indéfiniment des économies en poussant à la consommation. Ce ne sera pas possible. Il aura un moment où la consommation aura atteint ses limites.

AR : Mais donc, si je vous comprends bien, ce serait organisé tout de même, une forme de décroissance, même si vous ne l’appelleriez comme telle, mais si …vous le dites… le mot fait un peu peur et qu’il ne faut la subir, il faudrait organiser une forme de décroissance, plus en phase avec la planète.

- Mais pas nécessairement décroissance, parce que …regardez… si on disait aux gens : voilà, on va manger notre mode de vie, on va supprimer les téléphones mobiles, on va supprimer les ordinateurs, on va supprimer les échanges sur l’Internet …personne n’en voudra.

AR : On n’est pas obligé d’aller jusqu’à là, effectivement ?



- Voilà ! Donc ça ce sont des choses -il y a des choses ans les choses neuves et dans les choses récentes, dont les gens n’ont pas envie de se passer- et ils ont eu raison. Donc « décroissance » c’est un peu trop vague par rapport à ce qu’on veut. On veut pouvoir faire le tri entre ce qu’il faut garder et ce dont il faut se débarrasser. Mais tout ce qui détruit le système, systématiquement, comme par exemple la spéculation …et bien il faudra arrêter de le faire.


Copyriht Paul Jorion & RTBF.
Par The Scalper - Publié dans : Economie - Communauté : bourse
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 16 août 2009 7 16 /08 /Août /2009 12:33
79% des sommes récoltée au premier semestre auraient servis à des plans de suppression de postes.

Un chiffre circulerait à Bercy, qui commence à terroriser les économistes de la Direction de la prévision. Selon des études très précises, 79 % des sommes récoltées par les entreprises qui ont pratiqué des augmentations de capital au cours du premier semestre ont servi à financer des plans de licenciements.

Jusqu’à présent, toutes les théories économiques s’accordaient sur le fait que le capital finance l’investissement. Si ce chiffre se confirme, il finance désormais le désinvestissement.

Ce qui est plus qu’inquiétant.
Par The Scalper - Publié dans : Economie - Communauté : bourse
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 16 août 2009 7 16 /08 /Août /2009 11:55

Profil

  • The Scalper
  • Goldenberg&Co
  • Homme
  • 10/04/1969
  • Belgique

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Le sage d'Omaha

   
« Ce que nous faisons est à la portée de tout le monde. Il n'est tout simplement pas nécessaire de faire des choses extraordinaires pour obtenir des résultats extraordinaires. »

« Quand des gens intelligents expliquent leurs idées à un orang-outang, cela améliore la qualité de leur prise de décision. »

Bear Market

Recommander

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés