L’économiste Marin Wolf, éditorialiste au Financial Times, reprend à son compte les thèses de Roubini, et détaille le scénario conduisant au krach financier et à une récession qui pourrait durer plus d’un an, rédigé par ce dernier. Y a t-il des chances d’y échapper ? Peu, juge Wolf, bien peu.


« Je dirais à mes auditoires que nous ne sommes pas face à une bulle mais à une mousse - de nombreuses petites bulles locales qui ne grandissent jamais à un point pouvant menacer la santé de l’économie dans son ensemble » Alan Greenspan, « l’Age des Turbulences ».

Voilà quel était l’avis de M. Greenspan quant à la bulle immobilière américaine. Hélas, il avait tort. Jusqu’à quel point ce ralentissement peut-il être douloureux ? Pour répondre à cette question nous devrions interroger un authentique pessimiste (bear). Mon favori n’est autre que Nouriel Roubini, de l’Université de New York.

Récemment, les scénarios du professeur Roubini ont été suffisamment sombres pour provoquer des frissons. Mais son opinion mérite d’être prise au sérieux. Il a tout d’abord prédit que les USA seraient en récession en juillet 2006. A l’époque ses vues étaient extrêmement discutables. Elles ne le sont plus aujourd’hui. Il affirme maintenant qu’existe une « probabilité croissante d’une issue « catastrophique » pour l’économie et la finance. » Les caractéristiques de ce scénario seraient selon lui « un cercle vicieux, où une profonde récession rendrait les pertes financières encore plus sévères, ces pertes énormes et cet effondrement financier rendant à leur tour la récession encore plus grave. »

Le professeur Roubini affectionne les listes autant que moi. Voici ses 12 - oui, 12, étapes vers le désastre financier.

En premier, vient la plus grande récession immobilière qu’aient connue les USA. Le prix des biens, dit-il, va chuter de 20 ou 30% en dessous des sommets atteints, ce qui détruira de 4 à 6 000 milliards de patrimoine. Dix millions de foyers se retrouveront avec un « patrimoine négatif », (ndt : endettés pour une valeur supérieure à leur logement), ce qui constitue une incitation majeure pour renvoyer les clés (ndt : à la banque) et aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte. De nombreux entrepreneurs immobiliers seront ruinés.

(GIF)

L’étape 2 verrait apparaître de nouvelles pertes, au-delà des estimations actuelles de 250 - 300 milliards, dans les emprunts subprimes. Près de 60% des contrats signés en 2005 et 2007 sont « imprudents ou toxiques » affirme le professeur Roubini. Goldman Sachs estime les pertes sur les emprunts hypothécaires à 400 milliards. Mais si les prix de l’immobilier chutent de plus de 20% elles seront bien plus élevées, ce qui diminuera d’autant la capacité des banques à offrir des crédits.


L’étape 3 serait celle de lourdes pertes sur les crédits - non garantis - à la consommation associés aux cartes de crédit, aux prêts d’acquisition de véhicules, sur les emprunts étudiants, et ainsi de suite. Le « crédit crunch » s’étendrait des emprunts immobiliers à une grande part des crédits à la consommation.

L’étape 4 serait la dégradation de la note attribuée aux assureurs monolines, qui ne méritent pas la note AAA dont dépend leur modèle d’activité. S’en suivrait une dépréciation supplémentaire de 150 milliards sur les titres gagés sur des actifs.

L’étape 5 serait un krach du secteur de l’immobilier commercial, et la numéro 6 la faillite d’une grande banque régionale ou nationale.

A l’étape 7 apparaîtraient de grosses pertes sur des LBO imprudemment conçus ( ndt : les opérations de rachat d’entreprises financées par l’emprunt) . Les centaines de milliards de dollars de ces emprunts resteraient peser sur les bilans des établissements financiers.

L’étape 8 verrait une vague de défaillances d’entreprises. En général, la situation des entreprises américaine est convenable, mais un nombre non négligeable d’entre elles ont une faible rentabilité et sont lourdement endettées. Ces défaillances entraîneraient des pertes dans les Credit Defaut Swaps, les contrats de gré à gré qui assurent ce type d’emprunt. Ces pertes pourraient atteindre 250 milliards. Des compagnies d’assurances pourraient également faire faillite.

L’étape 9 serait le krach du « système financier bis » (ndt : « shadow » c’est-à-dire les fonds d’investissement et les établissements non régulés). Traiter les problèmes rencontrés par les fonds d’investissement, les SIV, etc.... serait rendu plus difficile par le fait que ces établissements n’ont pas accès aux prêts des banques centrales.

A l’étape 10 la valeur des actions poursuivrait sa chute. La faillite des fonds spéculatifs, les appels de marge et les ventes jouant la baisse (short) pourraient entraîner une baisse des prix en cascade.

L’étape 11 verrait l’assèchement des liquidités dans de nombreux marchés financiers, y compris l’inter bancaire et les marchés monétaires, provoqué par une perte de confiance dans la solvabilité.

L’étape 12 serait caractérisée par « un cercle vicieux de pertes, de réduction de capital, de contraction du crédit, de liquidation contraintes et de ventes en urgence d’actifs évalués en dessous de leurs fondamentaux de prix. »

Voilà, selon Roubini, les 12 étapes menant au krach. Au total, affirme-t-il, « Les pertes dans le système financier atteindraient plus de 1 000 milliards et la récession économique serait plus profonde, plus durable et sévère. » Pour lui, c’est le « scénario de cauchemar, » qui trouble le sommeil de Bernanke et de ses collègues de la Réserve Fédérale. C’est ce qui explique pourquoi la Fed, qui avait si longtemps sous estimé le danger, a baissé les taux de 2% cette année. Il s’agit de prévenir un krach financier.

(GIF) Est-ce là un scénario plausible ? La réponse est oui. De plus, nous pouvons être certain, s’il se réalise, qu’il mettrait fin à toutes ces histoires au sujet du « découplage. » Si la récession dure 6 trimestres, comme le professeur Roubini nous en avertit, les politiques menées en réaction dans le reste du monde ne seraient que trop peu, trop tard.

La Fed peut-elle éviter le danger ? Dans un article ultérieur, le professeur Roubini donne les 8 raisons pour lesquelles elle ne le peut pas (il aime vraiment les listes !) . Les voici, en résumé. L’assouplissement de la politique monétaire américaine est contrarié par les risques encourus par le dollar, ainsi que l’inflation. Une politique agressive d’assouplissement peut combattre l’illiquidité, pas l’insolvabilité. Les assureurs monolines perdront leur notation, ce qui entraînera de sinistres conséquences. Les pertes dans leur ensemble seront trop élevées pour que les fonds d’investissement souverains puissent les assumer. L’action publique est insuffisante pour stabiliser les pertes dans l’immobilier. La Fed ne peut venir en aide au « système financier bis ». Les autorités de régulation ne pourront trouver une voie médiane adaptée entre l’exigence de transparence sur les pertes et celle de non intervention, qui toutes deux sont requises. En dernier lieu, le système financier, structuré autour des transactions, est lui-même en crise profonde.

Les risques sont bien sûr élevés, et la capacité des autorités à y faire face bien moindre que ce que la plupart espèrent. Il ne s’agit pas de dire que n’existe aucun moyen de s’en sortir. Mais malheureusement il s’agit de moyens toxiques. En dernier ressort, les gouvernements résolvent les crises financières. C’est là une loi d’airain. Les sauvetages peuvent exister, lorsque le gouvernement choisit ouvertement d’assumer la dette douteuse ou l’inflation, ou même les deux. Le Japon a choisi la première solution, au grand regret de son ministre des finances. Mais le Japon est un pays créditeur, où les épargnants ont une confiance totale dans la solvabilité de leur gouvernement. Les USA, au contraire, sont un pays débiteur. Il doit garder la confiance de l’étranger. S’il y échoue, la solution inflationniste devient probable. Voila qui explique suffisamment pourquoi l’once d’or a atteint 920 dollars.

La connexion entre l’éclatement de la bulle immobilière et la fragilité du système financier a donné naissance à des dangers considérables, pour les USA et le reste du monde. Les pouvoirs publics américains, au premier rang desquels la Fed, ont commencé à agir. Au bout du compte, ils réussiront. Mais cette histoire risque d’être affreusement pénible.

 

http://blogs.ft.com/wolfforum/2008/02/americas-economy-risks-mother-of-all-meltdowns/

Par The Scalper - Publié dans : Subprime - Communauté : bourse
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Samedi 27 septembre 2008 6 27 /09 /Sep /2008 16:18



Ancien banquier, Daniel Lebegue est aujourd'hui à la tête de Transparency International France, organisme qui se consacre à la lutte contre la corruption. Quel regard portez-vous sur la crise ?

Le système de régulation et de contrôle de la finance mondiale est en crise profonde. Il est fragmenté en une multitude d'acteurs nationaux confrontés à des opérateurs mondiaux qui agissent 24 heures sur 24, et dont les innovations financières sont difficiles à suivre. Aujourd'hui, des pans entiers de la finance échappent aux autorités de contrôle : de l'acteur le plus anodin aux institutions les plus en vue.


Plus précisément ?

N'oubliez pas que ceux qui sont à l'origine de la crise des subprimes, ce sont tous ces courtiers américains qui ont prêté à livres ouverts à des ménages insolvables. Qui les contrôle ? Personne. Viennent ensuite les banques d'investissement qui ont relayé la crise en transformant ces mauvais crédits en actifs financiers pour les vendre à l'ensemble de la planète. Qui les contrôle ? Personne, puisqu'elles ne relèvent pas de la réglementation bancaire, ni de celle des assurances. Et ce vide réglementaire touche également les rehausseurs de crédit, les agences de notation et les hedge funds, de loin les plus inquiétants.


Pourquoi ?

Basés en grand majorité dans des centres offshore, ils sont, selon moi, le trou noir du système financier mondial. Contrairement aux autres acteurs majeurs situés en Europe ou aux Etats-Unis, il n'existe pour eux aucun prêteur en dernier ressort. Aucune banque centrale ne volera au secours d'un hedge fund en difficulté, la faillite sera au bout du chemin. Or nous savons que leurs produits se trouvent dans les portefeuilles d'investisseurs, grands et petits, partout dans le monde. Si plusieurs hedge funds faisaient défaut - une hypothèse tout à fait plausible compte tenu de la spirale actuelle -, ce sont des épargnants et des retraités qui en assumeraient les conséquences.


Pour mieux réguler les hedge funds, ne faudrait-il pas s'attaquer aux centres offshore où ils sont logés ?

Il n'y aura d'issue à la crise que si l'on construit un système de contrôle qui inspire et rétablit la confiance. Les acteurs, quels qu'ils soient, sont à la recherche éperdue de la sécurité. Certains se détournent d'ailleurs des zones d'opacité où il n'existe pas de visibilité sur les actifs. Ce n'est même plus une question de morale ou d'éthique, quittons ce terrain-là : aujourd'hui, il faut impérativement gérer un risque systémique pour la finance mondiale.

La communauté internationale n'a jamais pris les moyens nécessaires pour lutter contre l'opacité des paradis fiscaux...

Nous n'avons plus le choix. Contrôler le système monétaire international n'est plus une matière à option. Un certain nombre d'initiatives pourraient être prises. La première d'entre elles, c'est de mettre au ban de la communauté financière les paradis judiciaires et fiscaux les plus nocifs, ceux qui refusent toute forme de coopération avec les autorités de régulation. Ceux-là doivent être placés hors-jeu.

Les assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale vont avoir lieu mi-octobre, à Washington. Ne peut-on pas imaginer que l'ensemble des grands acteurs économiques et politiques présents lancent un appel aux trente premières banques mondiales - qui assurent 80 % des flux financiers internationaux - afin qu'elles se détournent des paradis fiscaux les moins recommandables ? Commençons par cela.


Propos recueillis par Marie-Béatrice Baudet : Le monde
Par The Scalper - Publié dans : Subprime - Communauté : bourse
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Samedi 27 septembre 2008 6 27 /09 /Sep /2008 15:23

Alors que la survie des banques américaines se joue devant le Congrès, les valeurs bancaires résistent bien à la crise. Panorama du secteur sous l’angle de l’analyse technique.

La finance est en pleine recomposition. Alors que le plan de sauvetage des banques américaines se discute dans l’urgence devant le Congrès, la survie des banques est en jeu. Après le rachat de Bear Stearns par JP Morgan, la mise en liquidation de Lehman Brothers, le rachat de Merrill Lynch par Banc of America, le modèle américain des banques d’investissement est en train d’exploser. Le crédit hypothécaire est également touché avec les deux géants Fannie Mae et Freddie Mac placés sous la tutelle du Trésor. Même le premier assureur mondial, AIG, nationalisé de facto par la FED, n’a pas échappé à la crise.

Bien que moins exposées, les banques françaises ne sont pas épargnées. On estime que la crise des «subprimes» a couté 18 milliards d’euros aux banques françaises. Avec la banqueroute de Lehman Brothers, c’est une ardoise de 1 milliards d’euros que les banques françaises devront effacer. La plus touchée Dexia a annoncé 500 millions d’euros d’exposition à la faillite de Lehman, devant la Société générale (479 millions), et BNP Paribas (405 millions).

Au niveau des cours de bourse, on assiste à une véritable hécatombe. Les cours de Merrill Lynch ont ainsi perdu 70% de leur valeur depuis le début de la crise des «subprimes’ le 13 juillet 2007, et ceux de Morgan Stanley ont chuté de 62%. Pour endiguer le phénomène, les autorités de régulations des marchés, ont temporairement interdit la vente à découvert sur les valeurs financières. Dans leur ensemble les banques françaises résistent mieux qu’outre Atlantique. Signe des temps, la capitalisation boursière de Société Générale a même dépassé celle de Goldman Sachs, dernière rescapée des banques d’affaires américaines. Si les marchés repartent à la hausse, de belles affaires pourraient se présenter. Le moment semble bien choisi pour passer en revu le secteur sous l’angle de l’analyse technique, afin de détecter les éventuelles opportunités.

 

Banques américaines, les opportunités sont rares

 

AIG : rester à l’écart
La valeur a perdu 93% depuis le 13 juillet 2007. Elle culminait alors à 69,5 dollars. Malgré un quintuplement du cours depuis les plus bas à 1,25, le titre présente un caractère hautement spéculatif. Le haut du gap laissé le 15 septembre à 11,5 constitue la première résistance solide. La tendance de fond reste négative.


Bank of America : tendance neutre à moyen terme
L’action a reculé de 33% depuis le 13 juillet. Le titre oscille au sein d’une large bande entre 25 et 39,5 dollars. La tendance de fond est neutre au sein de cette figure. On attendra le débordement des 39,5 dollars pour revenir à l’achat, avec 47 dollars en ligne de mire.


Citigroup : achat au-dessus de 22;2 dollars
L’action a reculé de 62% depuis le 13 juillet. Le titre s’est stabilisé au-dessus de 12,8 dollars, dessinant un couloir horizontal. Borné à la hausse par 22,2 dollars. Au-dessus de ce niveau, on pourrait revenir à l’achat dans la perspective d’un ralliement rapide des 27,4, puis 35,3 dollars.


Fannie Mae : rester à l’écart
Les cours de Fannie Mae ont fondu de 98% depuis le début de la crise des «subprime». Ils sont désormais proches de zéro. Si le titre reste encore coté à la bourse de New York il présente un caractère hautement spéculatif. Nous vous conseillons de rester à l’écart.

 

Goldman Sachs : négatif en dessous de 146 dollars
Avec un recul de seulement 44% depuis le 13 juillet 2007, l’action Goldman Sachs ferait presque figure de rescapée. Mais la tendance à court terme reste négative en dessous de 146 dollars et un retour sur les plus bas à 85,8 n’est pas exclu.


Lehman Brothers : 160 ans d’histoire anéantis en 14 mois
En juin 2007, l’action cotait encore 80 dollars à la bourse de New York. Contrainte de déposer le bilan, l’action a été radiée de la cote depuis le 12 septembre. La crise des «subprime» aura été fatale pour la quatrième banque mondiale qui avait pourtant survécu à la crise de 1929.

 

Merrill Lynch : négatif en dessous de 37 dollars
En touchant un plus bas à 16,3 dollars, l’action est retombée à des cours inédits depuis 1994. Le titre a perdu 70% depuis le 13 juillet 2007. La tendance reste résolument baissière en dessous de 37 dollars.


Morgan Stanley : négatif en dessous de 37 dollars
L’action Morgan Stanley a perdu 62% depuis le 13 juillet 2007. Même si les cours ont plus que doublé depuis les plus bas à 11,8 dollars. La tendance reste résolument baissière en dessous de 37 dollars.


Wachovia : achat au-dessus de 24 dollars
Après un recul de 72% depuis le 13 juillet 2007, l’action Wachovia est parvenue à se stabiliser au-dessus de 7,9 dollars, touché à deux reprises. La tendance redeviendrait positive au-dessus de 24 dollars. On viserait alors les 30,4 dollars.


Washington Mutual : négatif en dessous de 6,7 dollars
Le titre a perdu 93% de sa valeur depuis le 13 juillet 2007. La tendance reste négative en dessous de 6,7 dollars.


Banques françaises : quelques bons coups à jouer si les marchés repartent

 

BNP : achat au-dessus de 72,1 euros
L’action a perdu 26% depuis le début de la crise. Un couloir horizontal s’est dessiné entre 51 et 72,1 euros. Une sortie par le haut de cette figure pourrait donner le point de départ d’un nouveau cycle haussier en direction des 78,8 euros.


Crédit Agricole : achat au-dessus de 15,4 euros
Après avoir fondu de 54% depuis le 13 juillet 2007, l’action Crédit Agricole a dessiné un canal entre 11 et 15,4 euros. Au-dessus de 15,4 euros, on pourrait assister à une nouvelle vague de hausse solide en direction des 20,1, puis 22,8 euros.


Dexia : achat au-dessus de 11,8 euros
L’action a perdu la moitié de sa valeur depuis le 13 juillet 2007. Mais depuis quelques semaines, les signaux positifs se multiplient. Au-dessus de 11,8 euros, le titre sortirait de son indécision actuelle et pourrait prétendre à un rallye haussier en direction des 14,2, puis 18,9 euros.


Natixis : rester à l’écart
L’action a reculé de 85% depuis le 13 juillet 2007. La tendance de fond reste baissière. On restera à l’écart.


Société Générale : achat au-dessus de 70,1 euros
Hésitante depuis le mois de juillet, l’action a dessiné un couloir de fluctuation entre 70,1 et 47,3 euros. Après une baisse de plus de 50% depuis le 13 juillet, une sortie par le haut de cette figure libérerait un important potentiel de hausse. On viserait alors les 79,3, puis 100 euros.

 

D Pellecuer | JDF | 24.09.2008 |

Par The Scalper - Publié dans : Finance - Communauté : bourse
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Samedi 27 septembre 2008 6 27 /09 /Sep /2008 14:49

Grande figure de la finance, qui a passé quarante ans à la tête de la banque Lazard, ex-ambassadeur des États-Unis en France, proche des milieux démocrates, livre ses impressions sur la crise.

De son grand bureau vitré de Park Avenue, Felix Rohatyn, celui qui a sauvé New York de la faillite dans les années 1970, figure unanimement reconnue de la finance à la tête de la banque Lazard, qui n'a jamais caché ses sympathies démocrates et francophiles - ce qui lui a valu d'être désigné ambassadeur des États-Unis en France par Bill Clinton en 1997 -, jette un regard à la fois inquiet et légèrement désabusé sur la crise financière qui affecte Wall Street. Ce sage de la finance américaine, véritable successeur d'André Meyer, le conseiller des Agnelli ou des Kennedy, reste consulté sur tous les problèmes du moment. Il reçoit les confidences des grands de ce monde.


LE FIGARO - À l'heure où nous parlons, la classe politique américaine négocie pour finaliser le plan Paulson. Les démocrates ont-ils raison de demander des garanties supplémentaires ?


Felix ROHATYN - Il y a une chose dont je suis sûr, parce que je suis à la fois proche des démocrates et que je baigne dans la finance, c'est que le parti de Barack Obama ne veut surtout pas que le système boursier explose en vol. Bien sûr le plan préparé dans l'urgence par Henry Paulson et Ben Bernanke mérite d'être mieux encadré. Et je comprendrais très bien par exemple que les institutions qui seront sauvées par ce plan aient à rendre des comptes aux pouvoirs publics, concernant les rémunérations et les avantages consentis aux dirigeants. C'est une revendication tout à fait légitime du camp démocrate, mais aussi de l'opinion me semble-t-il. Et je pense qu'elle est en l'état acceptable par le Congrès.


Au-delà du plan Paulson, tout un débat s'ouvre sur la manière dont fonctionne la finance mondiale. Nicolas Sarkozy a appelé, il y a quelques jours, à la convocation d'une grande conférence internationale sur ce sujet. Qu'en pensez-vous ?


Je pense que votre président a tout à fait raison. Pourquoi ? Parce que la mondialisation a conduit l'économie mondiale à prendre la forme d'une véritable «économie de papier».

De la même manière que l'OMC établit des règles pour les échanges mondiaux de marchandises, il paraît normal que l'on établisse des règles pour les échanges financiers. Échanges qui représentent, je vous le rappelle, 286 000 milliards de dollars ne serait-ce que sur les produits dérivés, soit six fois le montant de la richesse mondiale. Compte tenu de ces sommes en jeu, compte tenu de l'absence de régulation mondiale, compte tenu bien sûr du climat actuel sur les marchés, le moment est venu de remettre à plat le système financier mondial.


En France, certains comparent ce qui se passe aujourd'hui à ce qui est advenu dans les années 1930. Qu'en pensez-vous ?


En France, certains comparent ce qui se passe aujourd'hui à ce qui est advenu dans les années 1930. Qu'en pensez-vous ?

En revanche, nous avons un problème terrible aux États-Unis, ce sont nos infrastructures, qui ont été laissées à l'abandon par les derniers gouvernements. Rendez-vous compte que 30 % des 570 000 ponts que l'on trouve aux États-Unis ne sont pas sûrs. C'est impensable pour la première puissance mondiale. Il y a là un potentiel de rebond pour l'économie semblable à celui que Roosevelt a mis en œuvre dans les années 1930 pour sortir les États-Unis de la crise. Et si les contribuables peuvent supporter le plan présenté par Henry Paulson, ils peuvent appuyer encore plus facilement un grand plan de rénovation de nos infrastructures.


Toute cette crise est-elle une aubaine pour la candidature de Barack Obama ?


Cette crise n'est une aubaine pour personne. Il faut juste tirer les constats de notre économie telle qu'elle est aujourd'hui. Dans une démocratie normale où règne l'économie de marché, il faut de la transparence, de l'équité et un partage raisonnable de la richesse créée. Or aujourd'hui nous avons tout le contraire.

Il faut donc repenser la distribution de richesse, prendre notre parti que les États-Unis ne sont plus le centre du monde et qu'ils doivent jouer avec des partenaires comme la Russie ou la Chine. Quant aux autres pays occidentaux, ils ne sont pas dans une meilleure position. Autant dire que cette crise n'est bonne pour personne. D'autant que le plus dur est peut-être encore à venir. Mais oui, je pense que Barack Obama est l'homme qui peut vraiment mener les changements dont les États-Unis ont besoin.

 

Le figaro

Propos recueillis par l' envoyé spécial à New York Yves de Kerdrel  26/09/2008

Par The Scalper - Publié dans : Subprime - Communauté : bourse
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Samedi 27 septembre 2008 6 27 /09 /Sep /2008 14:27


Paul Jorian

 

Un homme très sympa ;o)



Dans son livre intitulé The Great Crash – 1929, publié en 1954, John Kenneth Galbraith avait (…) offert un (…) portrait de la Grande Crise et avait analysé les raisons qui devaient, selon lui, empêcher son renouvellement. Il envisageait aussi les rares circonstances qui pourraient permettre à une crise similaire de se reproduire.

Si le portrait dressé par Galbraith en 1954 avait prévalu, il aurait été clair que les mêmes conditions étaient réunies en 2007 qui avaient existé en 1929 et qu’une crise similaire était donc sur le point d’éclater. La substitution de théories fausses aux théories vraies n’est pas innocente puisqu’elle autorise le retour de crises qu’une prise de conscience qu’une configuration familière, prélude à un désastre, s’est reconstituée, permettrait au contraire d’éviter.

S’il a été possible à la crise qui éclata en 2007 de reproduire celle de 1929, c’est parce que la compréhension de cette dernière s’est perdue à l’occasion d’un processus de sélection entre les différentes explications qui en ont été offertes et où la fausse a éliminé la vraie grâce à l’investissement massif consenti dans l’enseignement et dans la production de la « science » économique par ceux dont l’intérêt est que ces théories fausses prévalent.

Avec le retour de la crise, la réalité réaffirme bien entendu ses droits. La crise offre à la théorie vraie de son origine, l’occasion pour elle aussi d’un retour. Lorsque la stabilité se réinstaure provisoirement, les conditions se reconstituent cependant également qui conduiront tendanciellement au même glissement progressif vers une représentation fausse mais plus favorable aux intérêts des bénéficiaires des rapports de force existants au sein de l’économie et de la finance.

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La compréhension des crises financières et leur répétition

Science et intérêts

Toute science associée à un savoir appliqué a son destin lié aux enjeux financiers que ce dernier suscite. Les profits générés par ce savoir appliqué peuvent être mobilisés pour orienter les développements futurs de cette science en promouvant les vues qui lui sont favorables et en dénigrant ou en négligeant délibérément celles qui lui feraient obstacle. L’économie et la finance n’échappent pas à ce principe général.

L’économie et la finance sont des activités serties dans le fonctionnement des sociétés humaines et sont déterminées par les rapports de forces qui caractérisent celles–ci. La description scientifique de l’économie et de la finance met en évidence le mécanisme de ces rapports de forces, et souligne l’arbitraire qui préside au fait qu’ils bénéficient à certains individus plutôt qu’à d’autres. Il n’est pas surprenant dès lors que ces bénéficiaires entreprennent une promotion systématique des théories de ces deux champs qui les représentent comme déterminés par d’autres principes que les simples rapports de forces entre parties impliquées, voire qui représentent ces deux champs comme n’étant pas même sertis dans le fonctionnement des sociétés humaines, et font croire, par exemple, que leur mécanisme est autonome et est soumis, non pas à des règles juridiques et éthiques, mais à des forces du même type que celles qui président aux mouvements d’astres lointains.

L’économie politique qui proposa la description scientifique de l’économie et de la finance jusqu’à la fin du XIXème siècle et qui était produite au sein des milieux scientifiques classiques, situait les rapports de forces au cœur des activités économiques et financières et décrivait le processus de la formation du prix comme un phénomène de frontière entre une population de vendeurs et une population d’acheteurs, le prix se constituant sur le fil de leur confrontation : il se maintient avec de faibles variations lorsque ces deux populations sont sensiblement égales, il baisse lorsque les vendeurs sont en surnombre, il monte lorsque ce sont au contraire les acheteurs qui sont les plus nombreux ; un bas prix attire de nouveaux acheteurs, alors qu’un haut prix attire de nouveaux vendeurs, ce qui conduit à des oscillations qui peuvent le cas échéant déboucher sur une quasi-extinction des acheteurs (krach) ou une quasi-extinction des vendeurs (bulle financière sur le point d’éclater). De telles oscillations se rencontrent déjà dans la nature, lorsque deux populations sont en concurrence.

La « science » économique, produite par les milieux d’affaires en leur sein-même ou dans leurs antennes au sein du milieu universitaire, présenta au contraire la formation du prix comme un processus abstrait, né au point de rencontre de quantités représentant d’une part l’offre et d’autre part la demande. Dans la perspective adoptée par l’économie politique, l’identité des acheteurs et des vendeurs est essentielle à la compréhension de la formation du prix. Dans celle adoptée par la « science » économique, elle est bien entendu indifférente, ce qui assure à ceux qui commanditent cette approche l’anonymat qu’ils recherchent.

De même, pour l’économie politique, le rapport de forces entre trois populations, les salariés qui apportent au processus de production, leur travail, les investisseurs qui font les avances en moyens de production (équipement, matières premières) et les dirigeants d’entreprises qui contractent avec les investisseurs, organisent et supervisent le processus de production, préside à la distribution du surplus généré par l’activité humaine. Tout comme la formation du prix est un phénomène de frontière où le prix se constitue sur le fil de la confrontation entre acheteurs et vendeurs, l’intérêt est lui un phénomène de frontière entre investisseurs et dirigeants d’entreprise où le taux d’intérêt se constitue sur le fil de leur confrontation, et l’inflation est un phénomène de frontière entre dirigeants d’entreprises et salariés où son taux se constitue sur le fil de leur confrontation.

Pour la « science » économique, le surplus n’existe cependant pas et n’existant pas, la question de sa distribution ne se pose pas non plus, ni a fortiori celle de la confrontation entre les parties impliquées dans le processus de sa création. Là où elle aurait dû parler du surplus, elle parle à la place de masse monétaire et là où elle aurait dû évoquer la part du surplus revenant aux salariés, elle met en avant les revendications salariales comme la principale cause de déséquilibre des systèmes économiques car source d’inflation, laquelle est présentée comme un phénomène de nature monétaire pouvant être combattu en manipulant les taux d’intérêt, en raison de l’impact de ceux–ci sur la masse monétaire.

Dans les périodes qui précèdent les crises : celles où la spéculation bat son plein, les bénéficiaires des rapports de forces prévalants ont l’occasion de se constituer des fortunes personnelles considérables qui leur permettent d’investir dans la production de la « science » économique véhiculant une représentation de l’économie et de la finance où leur mécanisme réel est caché. Ils consacrent une partie des fonds auxquels ils ont accès à la fondation et au financement d’établissements de recherche, de chaires, de think–tanks, de « boîtes à idées », ayant à leur tête des hommes à eux. Comme l’écrit Susan George : « L’argent permet ainsi d’organiser la notoriété et le “champ” dans lequel se dérouleront des “débats” créés de toutes pièces » (George 1996).

Une dialectique s’établit au fil des ans entre les théoriciens qui, dans une perspective scientifique, s’efforcent de représenter l’économie et la finance telles qu’elles sont, et ceux qui, cooptés et promus par les bénéficiaires des savoirs appliqués économiques et financiers, s’efforcent de les représenter de la manière la plus favorable à la reproduction de ces bénéfices.

Les causes de la Grande Crise selon Bernanke

L’actuel Président de la Federal Reserve Bank, Ben S. Bernanke, est l’un des bénéficiaires en vue du savoir appliqué économique et financier ; il offre aussi un excellent exemple de la manière dont est produite la « science » économique. Bernanke est aujourd’hui reconnu comme l’un des principaux experts des événements de 1929 et des années de crise qui s’ensuivirent. Son livre Essays on the Great Depression (2005) fait, nous dit-on, autorité sur la question. Qu’a-t-il apporté à notre compréhension de la Grande Crise ? Son approche est, comme il fallait s’y attendre, monétariste, et pour lui la cause majeure des événements de 1929 se situe dans la décision de la Federal Reserve Bank de maintenir la parité du dollar avec l’or, parité à laquelle le Président Nixon renoncerait en 1971. Bernanke met en avant, comme facteur aggravant, la résistance des employeurs à utiliser l’arme du licenciement pour recourir de préférence à la réduction du temps de travail journalier des salariés.

Dans la recension qu’il a consacrée aux Essays on the Great Depression, en réalité un recueil d’articles, Robert Margo, professeur d’économie à Vanderbilt University, souligne le glissement qui s’opère au fil des années sous la plume de Bernanke quand il évoque la décision des patrons de réduire le temps de travail journalier plutôt que de recourir à la suppression de postes : présentée initialement comme non-significative d’un point de vue statistique, elle finit par devenir cause déterminante (Margo 2000 : 2–3). Le Président de la Fed propose une interprétation de « science » économique de la Grande Crise, monétariste dans sa formulation, et mettant en avant la combativité des salariés comme le principal obstacle à l’atteinte d’un équilibre économique. On verra, quand j’aurai examiné ci–dessous les vraies causes de la Grande Crise, pourquoi il est possible d’appliquer aux analyses de Bernanke l’expression qu’utilisa Galbraith pour caractériser la politique du Président Hoover en 1929 : « le triomphe du dogme sur la pensée » (1954 : 191).

Les causes de la Grande Crise selon Galbraith

Dans son livre intitulé The Great Crash – 1929, publié en 1954, John Kenneth Galbraith avait lui offert un tout autre portrait de la Grande Crise et avait analysé les raisons qui devaient, selon lui, empêcher son renouvellement. Il envisageait aussi les rares circonstances qui pourraient permettre à une crise similaire de se reproduire.

Au moment où la crise éclata en 1929, la disparité des revenus s’était dramatiquement creusée aux États–Unis. Galbraith expliquait pourquoi une catastrophe du même ordre ne pouvait plus, selon lui, se reproduire en 1954, l’année de publication de son livre : « La répartition des revenus n’est plus aussi déséquilibrée. Entre 1929 et 1948, la part des revenus attribuée aux 5 % de la population aux revenus les plus élevés, qui était de près d’un tiers, est tombée à moins d’un cinquième du total » (1954 : 196). Les choses évoluèrent cependant rapidement dans les années qui suivirent : la part attribuée aux 5 % de la population américaine la plus riche grimperait régulièrement pour atteindre 54,42 % en 1989 puis 57,70 % en 2000, date du recensement le plus récent. La finance a joué un rôle déterminant dans la disparité croissante des revenus aux États–Unis : en 1980, les salariés du monde financier touchaient en moyenne 10 % de plus que ceux des autres secteurs ; en 2007, l’écart était passé à 50 %. Les profits du secteur financier américain représentaient 13 % du total en 1980 ; en 2007, la proportion avait plus que doublé avec 27 %. La part de la croissance consacrée aux salaires représentait aux États–Unis 56,5 % en 1981 ; en 2006, elle était tombée à 51,7 %. Au premier rang des facteurs déclencheurs des deux crises donc : la part croissante du surplus économique aboutissant entre les mains des dirigeants d’entreprises et des investisseurs, au détriment bien entendu des salariés.

En plus de la disparité des revenus, Galbraith mentionnait parmi les autres facteurs à l’origine de la crise de 1929 : le déficit de la balance commerciale des États–Unis, un allégement de la fiscalité pour les plus nantis et l’indifférence envers la spéculation – et en particulier l’absence de mesures qui auraient pu maîtriser celle-ci en augmentant les marges exigées des spéculateurs lors de leurs opérations. Tous ces facteurs jouèrent bien entendu un rôle similaire en 2007.

Parmi les circonstances qui pouvaient empêcher, selon Galbraith, que les mesures nécessaires ne soient envisagées, malgré la prise de conscience de l’imminence d’une crise du même ordre que celle de 1929 : le fait que les difficultés apparaissent en période pré-électorale, interdisant de ce fait la prise de mesures impopulaires.

Convaincu que le souvenir des événements de 1929 constituerait un puissant repoussoir, Galbraith imaginait la Fed faisant preuve d’une bien plus grande détermination qu’elle n’en fit preuve durant les six premières années des deux administrations George W. Bush. Il écrivait en effet : « Les pouvoirs du Conseil de la Federal Reserve – que l’on appelle aujourd’hui le Conseil des Gouverneurs, le Système de la Réserve Fédérale – ont été renforcés sous les deux aspects de la relation aux banques de Réserve et des banques membres » (1954 : 194). Allant plus loin, il n’hésitait pas à imaginer que Wall Street aurait à cœur d’étouffer dans l’œuf une crise imminente. Il écrivait à ce propos que « Puisqu’un effondrement spéculatif succède nécessairement à un boom spéculatif, on peut espérer que Wall Street exercerait un contrôle strict en cas de résurgence de la spéculation. Les banquiers et les courtiers exigeraient que l’on relève jusqu’à leur limite les marges ; on demanderait à Wall Street d’exercer cette exigence avec rigueur contre ceux qui tenteraient d’emprunter en mettant en gage leur propres actions et obligations afin d’en acheter davantage. On rappellerait avec force au public les risques inhérents au fait d’acheter des actions en visant leur plus–value » (1954 : 198). Faut-il préciser qu’il n’en a rien été ? La présence d’Alan Greenspan à la tête de la Fed, de 1987 à 2006 signifierait au contraire vingt années sous la bannière d’une version extrémiste du laissez-faire, inspirée du « libertarisme » militant d’Ayn Rand, son mentor.

La prévention des bulles financières

Comme la bulle boursière des start-ups le démontrerait au tournant du millénaire, dans une bulle financière, le cours des actions s’envole sans le moindre effort de la part des dirigeants d’entreprises et des investisseurs qui en bénéficient, directement pour les investisseurs, et indirectement par l’intermédiaire des stock options pour les patrons. Il n’existe donc pour eux aucune incitation – bien au contraire – à décourager le développement d’un tel phénomène. De même, lors d’une bulle immobilière, si les propriétaires trouvent leur profit dans le fait que le prix de leur logement s’envole, les bailleurs de fonds y découvrent aussi l’occasion de prêter davantage, et les promoteurs de construire davantage. Alors à qui revient la responsabilité d’empêcher une bulle financière d’apparaître et d’enfler par la suite ?

En fait, selon Alan Greenspan, aucune instance n’en a la responsabilité. Interrogé à ce sujet, il déclarait en décembre 2007 : « Après avoir observé durant un demi-siècle de nombreuses bulles de prix se développer et éclater, je suis arrivé à regret à la conclusion que les bulles ne peuvent être désamorcées sans danger par une politique monétaire ou par d’autres initiatives avant que la fièvre spéculative ne s’éteigne d’elle-même. Il est clair qu’il y avait très peu que les banques centrales des différents pays auraient pu faire pour tempérer la manifestation la plus récente de cette disposition humaine à l’euphorie, rappelant d’ailleurs par certains aspects la tulipomanie en Hollande au XVIIème siècle ou la bulle des Mers du Sud au XVIIIème en Angleterre » (Greenspan 2007).

A partir des années 1970, la situation des salariés américains se dégrada lentement et si les effets de leur perte effective de pouvoir d’achat furent partiellement masqués, c’est uniquement du fait qu’un système complexe de crédit à la consommation se mit en place, où l’endettement personnel compensait la perte de pouvoir d’achat fondé sur les revenus, la bulle de l’immobilier offrant, pour ceux d’entre eux qui étaient propriétaires, la plus-value sans cesse croissante de leur logement comme collatéral aux emprunts qu’ils contractaient. Cette classe salariale, où l’endettement des ménages atteignait en 2004, 120 % de leurs revenus annuels bruts, devenait, au fil des années, de plus en plus vulnérable aux fluctuations de la conjoncture dans un pays à la couverture sociale extrêmement ténue.

En 2004, le budget des ménages américains entra en régime de « cavalerie », dépendant chaque jour davantage pour les dépenses de consommation, de la persistance de la bulle de l’immobilier où seule l’arrivée constante de nouvelles recrues permettait à ceux qui étaient déjà propriétaires de maintenir leur présence. Tout ralentissement dans ce recrutement provoquerait une stagnation du prix de l’immobilier qui conduirait l’édifice à s’effondrer dans son ensemble. Lorsque ce ralentissement intervint, furent tout d’abord entraînés dans la chute les ménages dont la capacité à payer leurs mensualités reposait sur le prix sans cesse croissant des maisons, des emprunts successifs leur permettant seuls de faire face à leurs engagements. Furent ensuite atteints, les ménages qui avaient spéculé sur le gonflement de la bulle en s’achetant plusieurs habitations ou en s’étant acheté un logement trop vaste en vue de maximiser l’effet de levier qu’autorise l’emprunt. L’immobilier résidentiel, ébranlé par la remise sur le marché d’un nombre d’habitations en hausse croissante, entraîna enfin dans sa plongée les ménages qui avaient conçu leur logement comme la tirelire qui leur permettrait de jouir un jour d’une retraite confortable.

Le retour du même

Le rapprochement spontanément fait par les commentateurs entre 2007 et 1929 est donc amplement justifié : les manifestations des deux crises sont les mêmes et leurs causes sont pratiquement identiques. Même origine en effet dans une spéculation immobilière débutant dans les deux cas en Floride. La spéculation dans l’immobilier et sur les marchés boursiers résultait déjà en 1929 d’une disparité croissante des revenus et d’une concentration de la richesse entre quelques mains. Les grandes fortunes étaient à la recherche de rendements élevés pour leurs placements et déléguaient leurs efforts à des établissements financiers dont le nom a simplement changé : appelés à l’époque « investment trusts » et « hedge funds » aujourd’hui. Ces officines avaient alors trouvé le moyen de découpler leurs opérations de leur responsabilité financière et utilisaient massivement l’effet de levier pour multiplier leurs chances de gain. Rien de nouveau donc sous le soleil : les mêmes causes engendrèrent les mêmes effets.

Si le portrait dressé par Galbraith en 1954 avait prévalu, il aurait été clair que les mêmes conditions étaient réunies en 2007 qui avaient existé en 1929 et qu’une crise similaire était donc sur le point d’éclater. La substitution de théories fausses aux théories vraies n’est pas innocente puisqu’elle autorise le retour de crises qu’une prise de conscience qu’une configuration familière, prélude à un désastre, s’est reconstituée, permettrait au contraire d’éviter.

S’il a été possible à la crise qui éclata en 2007 de reproduire celle de 1929, c’est parce que la compréhension de cette dernière s’est perdue à l’occasion d’un processus de sélection entre les différentes explications qui en ont été offertes et où la fausse a éliminé la vraie grâce à l’investissement massif consenti dans l’enseignement et dans la production de la « science » économique par ceux dont l’intérêt est que ces théories fausses prévalent.

Avec le retour de la crise, la réalité réaffirme bien entendu ses droits. La crise offre à la théorie vraie de son origine, l’occasion pour elle aussi d’un retour. Lorsque la stabilité se réinstaure provisoirement, les conditions se reconstituent cependant également qui conduiront tendanciellement au même glissement progressif vers une représentation fausse mais plus favorable aux intérêts des bénéficiaires des rapports de force existants au sein de l’économie et de la finance. Une telle alternance dialectique est inévitable tant que le cadre demeure identique. Des tentatives radicales de rebâtir l’économie et la finance sur des bases entièrement neuves ont eu lieu, il s’est agi chaque fois de paris coûteux, prompts à l’aveuglement à d’éventuelles conséquences négatives, et pouvant par conséquent – et comme l’a tristement confirmé l’histoire – se révéler désastreux.

Un autre moyen de prévenir le retour des crises – moins coûteux et mieux à même de se prêter à des rectifications de tir – consisterait à tenir pleinement compte du fait que l’économie et la finance sont serties dans le fonctionnement des sociétés, et à leur faire dépasser leur stade présent, où leurs dispositions à l’auto-régulation et à l’auto-adaptation ne dépassent pas celles d’un processus naturel laissé à lui–même. Il convient de les faire bénéficier d’un progrès similaire à celui qu’a connu le politique avec l’avènement de la démocratie qui constitue elle une institution que les hommes se sont offerts à eux–mêmes grâce à leur réflexion propre et qu’ils ont mise en œuvre par leur industrie, en remplacement du processus naturel spontané qui la précédait : celui qui aboutit inéluctablement à l’écrasement des plus faibles par les plus forts.

Si l’on tire les leçons de la crise actuelle, comme de toutes les précédentes, les mesures qu’il conviendrait de prendre pour empêcher leur retour peuvent être élevées au niveau de principes, et inscrites à ce titre au sein d’une constitution. Le seul obstacle à procéder de cette manière est l’absence de volonté : les causes de la crise actuelle sont connues, elles sont identiques à celles de la crise précédente, dont les causes étaient déjà connues en son temps – même si l’oubli a été imposé à ce savoir.


Paul Jorion est Docteur en Sciences Sociales de l’Université Libre de Bruxelles

 


Références bibliographiques :

Ben S. Bernanke, Essays on the Great Depression, Princeton University Press, 2000

John Kenneth Galbraith, The Great Crash – 1929, Houghton Mifflin, 1954

Susan George, « Mythologies économiques : Comment la pensée devint unique », Le Monde Diplomatique, Août 1996

Alan Greenspan, « The Roots of the Mortgage Crisis », The Wall Street Journal, le 12 décembre 2007

Paul Jorion, L’implosion. La finance contre l’économie : ce que révèle et annonce « la crise des subprimes », Fayard, 2008

Robert A. Margo, recension de Ben S. Bernanke, Essays on the Great Depression, H-Net Reviews in the Humanities and Social Sciences, 2000

 

Par The Scalper - Publié dans : Economie - Communauté : bourse
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Lundi 22 septembre 2008 1 22 /09 /Sep /2008 01:10

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