« La prochaine bulle mondiale est déjà à l’oeuvre. Que se passe-t-il lorsque la nation la plus puissante du monde, ayant une monnaie de réserve dans laquelle tout le monde a confiance et veut détenir, décide de mettre en oeuvre une expansion de crédit à grande échelle - à nouveau, à l’instigation de notre secteur financier ?

Les emprunteurs solvables ne sont pas cette fois situés aux États-Unis - ils sont en Asie, en Amérique latine, et même en Afrique. Ils ont peu de dettes et de grandes perspectives devant eux : pour seulement 1% l’an, ils peuvent emprunter des dollars américains, placer ces fonds chez eux, et transformer ce papier-monnaie en véritables investissements. » Johnson, qui est l’un des rares économistes à analyser cette crise en terme de rapports de force internationaux, considère qu’elle va durablement redistribuer les cartes.

En 2002, Ben Bernanke avait prononcé un discours décrivant exactement ce que la Fed devrait faire si les États-Unis étaient confrontés à une spirale déflationniste des prix et des salaires qui pourrait causer des ravages sur l’économie.

Il avait proposé une série de mesures commençant par l’abaissement à zéro des taux d’intérêt à court terme, puis l’achat de bons du Trésor, suivi par celui de titres émis par Fannie Mae et Freddie Mac.

Tout cela a été mis en oeuvre depuis la mi-2007. Certes, M. Bernanke était bien préparé à cette crise, et il pourrait être reconduit dans ses fonctions de président de la Fed au début de 2010.

Mais est-ce la bonne lecture de cette histoire ? Le discours de M. Bernanke mettait l’accent sur la façon de traiter la déflation subie par le Japon après l’éclatement de la bulle du crédit qui s’était rapidement développée dans les années 1980.

Durant les années 1990, le Japon a été miné par la baisse de l’immobilier, les nombreux actifs toxiques des banques, et des consommateurs et des entreprises qui voulaient épargner plutôt que consommer.

Les États-Unis n’ont pas connu ces problèmes en 2002 mais 2007. Pourquoi ? En partie à cause de notre peur de la déflation en 2001-02, signalée par M. Bernanke et contre laquelle a agi M. Greenspan.

La Fed avait alors abaissé les taux à 1% durant près de deux ans - sous les applaudissements de l’ensemble de notre secteur financier, qui réalise de grands profits dans de telles conditions.

Ces taux très faibles ont gonflé une nouvelle bulle de crédit en remplacement de l’ancienne bulle internet, et de 2002 à 2007 les consommateurs américains et le secteur du bâtiment nous ont sorti du marasme puis conduit au bord d’un nouveau précipice.

La prochaine bulle mondiale est déjà à l’oeuvre. Que se passe-t-il lorsque la nation la plus puissante du monde, ayant une monnaie de réserve dans laquelle tout le monde a confiance et veut détenir, décide de mettre en oeuvre une expansion de crédit à grande échelle - à nouveau, à l’instigation de notre secteur financier ?

Les emprunteurs solvables ne sont pas cette fois situés aux États-Unis - ils sont en Asie, en Amérique latine, et même en Afrique. Ils ont peu de dettes et de grandes perspectives devant eux : pour seulement 1% l’an, ils peuvent emprunter des dollars américains, placer ces fonds chez eux, et transformer ce papier-monnaie en véritables investissements. Chaque grande bulle débute par un changement dans les fondamentaux qui semble réellement crédible.

Dans les années 1990, on appelait cela le « carry trade ». On empruntait au Japon à 1% pour acheter quoi que ce soit ailleurs rapportant un peu plus (y compris les prêts hypothécaires subprimes aux États-Unis).

La version américaine du carry trade qui se dessine revient au même : elle affaiblit le dollar, sort l’économie de la récession grâce aux exportations, et crée de l’inflation qui réduit la valeur réelle de nos dettes.

Cela peut durer un certain temps - le Trésor et la Fed sont tous deux persuadés que des tentatives prématurées de resserrement de la politique monétaire avaient empêché la reprise économique au Japon au milieu des années 1990 et aux États-Unis vers la fin des années 1930.

L’équilibre du pouvoir mondial est en train de changer. Le Japon a été perçu comme une grande puissance jusqu’en 1990 - la déflation, la décennie perdue, et le déclin démographique y ont mis fin.

L’Amérique et l’Europe auront toutes deux dans les années à venir des taux d’intérêt bas, des problèmes de bilan, et une faible croissance.

Le Brésil, la Chine, la Corée du Sud, la Russie et leurs semblables sont usuellement dénommés « marchés émergents ». Ils seront désormais connus sous le nom de Nouveaux Pays Riches.

C’est peut-être le plus grand programme d’aide étrangère de tous les temps. Mais sommes-nous en train de rétablir notre leadership mondial, même si c’est d’une façon étrange, ou jetons nous tout simplement par dessus le bord toute prétention à un leadership stratégique ?

Et sommes-nous en train de jeter les bases d’une véritable et massive crise internationale de la dette ?

Par Simon Johnson et Peter Boone, Blog Economix - New York Times, 11 juin 2009.

http://economix.blogs.nytimes.com/2009/06/11/the-bubble-next-time/

 

Par The Scalper - Publié dans : Economie - Communauté : bourse
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Samedi 27 juin 2009
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