On dirait que nous ne connaîtrons pas de Seconde Grande Dépression, finalement. Qu’est-ce qui nous a sauvés ? La réponse, pour faire simple, c’est l’Etat tout-puissant (‘Big Government’).
La chronique de Paul Krugman du 9 août 2009.


Soyons clair : la situation économique reste épouvantable, pire encore que ce que tout le monde ou presque croyait possible il y a peu. Le pays (les Etats-Unis, ndt) a perdu 6,7 millions d'emplois depuis le début de la récession. Si on prend en compte l'accroissement de la population en âge de travailler, c'est près de neuf millions d'emplois qui manquent.


Or le marché de l'emploi ne s'est pas encore renversé - cette légère baisse du taux de chômage le mois dernier relève sans doute d'un simple anomalie statistique. Nous n'avons pas encore atteint le point où les choses s'améliorent : pour l'instant, tout ce dont nous pouvons nous réjouir, c'est que les choses empirent moins vite.

Or malgré cela, la dernière rafale de rapports économiques laisse entendre que l'économie ne serait plus aussi près de l'abîme.


Il y a quelques mois, la possibilité de sombrer dans l'abîme ne semblait que trop réelle. La panique financière de la fin 2008 fut aussi sévère, par certains côtés, que la crise bancaire du début des années 1930, et pendant un temps les indicateurs économiques clés - le commerce mondial, la production industrielle mondiale, même le marché des valeurs - chutaient aussi brutalement, sinon plus, qu'en 1929-30.


Mais dans les années 1930, les tendances ne faisaient que continuer à la baisse. Or cette fois-ci, le plongeon semble s'interrompre en à peine une année épouvantable.


Alors qu'est-ce qui nous a évité de rejouer la Grande Dépression ? La réponse, sans doute, réside dans le rôle très différent qu'a joué le gouvernement.





L'aspect sans doute le plus important du rôle joué par le gouvernement dans cette crise n'est pas ce qu'il a fait, mais ce qu'il n'a pas fait : contrairement au secteur privé, le gouvernement fédéral n'a pas réduit ses dépenses à mesure que ses revenus ont fondu (pour les gouvernements locaux et nationaux, c'est une autre histoire). Les recettes des impôts sont au plus bas, mais la Sécurité Sociale émet toujours des chèques, Medicare (le système public d'assurance-maladie des Etats-Unis, ndt) honore toujours les factures hospitalières, les employés fédéraux - des juges aux garde-forestiers en passant par les soldats - sont toujours payés.


Tout cela a aidé à soutenir l'économie en temps de crise, contrairement à ce qui s'est passé en 1930, quand les dépenses fédérales représentaient un pourcentage du PIB bien inférieur. Et en effet, cela signifie que les déficits budgétaires - qui sont une mauvaise chose en temps normal - sont en fait une bonne chose en ce moment.

En plus de cet effet stabilisateur "automatique", le gouvernement est intervenu pour venir au secours du secteur financier. On peut trouver (et c'est mon cas) que les renflouages des établissements financiers auraient pu et auraient du être maniés différemment, que les contribuables ont donné trop et reçu trop peu.  Néanmoins on peut être insatisfait, même fâché de la manière dont les renflouages ont été conduits, tout en reconnaissant que sans ces renflouages, les choses eussent été bien pires.


Le fait est que cette fois-ci, contrairement aux années 1930, le gouvernement n'a pas adopté une politique de non-intervention face à l'effondrement d'une grande partie du système bancaire. Et c'est encore une raison qui explique pourquoi nous ne traversons pas une Seconde Grande Dépression.

Le dernier point et sans doute le moindre, mais loin d'être anodin, a été l'effort mesuré du gouvernement pour relancer l'économie. Dès le début, j'ai trouvé l'American Recovery and Reinvestment Act, entendez le plan de relance d'Obama, trop timide. Néanmoins, des estimations raisonnables suggèrent qu'il a permis à près d'un million d'Américains de conserver leur emploi, un chiffre qui est appelé à croître, et que ce plan de relance a aidé de manière significative à freiner l'économie dans sa chute libre.


Somme toute, donc, le gouvernement a joué un rôle de stabilisateur essentiel dans cette crise économique. Ronald Reagan avait tort : parfois le secteur privé est le problème, et le gouvernement la solution.

Et n'êtes-vous pas plutôt heureux qu'actuellement le gouvernement soit dirigé par des gens qui ne détestent pas le gouvernement ?


Nous ne savons pas ce qu'eût été la politique économique d'un gouvernement McCain-Palin. Ce que nous savons, en revanche, c'est ce que disent les Républicains dans l'opposition - et qui se résume à exiger que le gouvernement cesse de se mettre en travers d'une possible dépression.


Je ne parle pas seulement d'une opposition à la relance. Des chefs de file Républicains veulent aussi supprimer les stabilisateurs automatiques. En mars dernier, John Boehner, le chef de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, déclarait que comme les familles souffraient, "il est temps pour le gouvernement de se serrer la ceinture et de montrer aux Américains qu'on a 'compris' ". Fort heureusement, il n'a pas été tenu compte de son avis.

Je suis encore très inquiet pour l'économie. Il subsiste encore, je le crains, un risque non négligeable que le chômage reste élevé pour un bon moment. Mais il semble que nous ayons évité le pire : la catastrophe absolue ne semble plus probable.


Et c'est le Gouvernement tout-puissant, dirigé par des gens qui en comprennent les vertus, qui en est la raison.

 

(Paul Krugman)

© 2009 The New York Times News Service
Par The Scalper - Publié dans : Economie - Communauté : bourse
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Lundi 24 août 2009 1 24 /08 /Août /2009 10:46
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